Le livre qui se tient d'une seule main
Chloro-Com’ #21 - La Flore Bonnier, ou comment un objet trahit toujours l'usage qui l'a façonné
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J’ai passé trente ans auprès des plantes, en pépinière, en jardinerie, sous serre, sur le terrain. Et de tous les livres qui ont accompagné ces décennies, il en est un que je n’ai jamais vraiment rangé.
Une vieille flore de poche, cornée, tachée de sève et de terre, que je trimballais dans le sac à chaque sortie de reconnaissance ou que j’emporte aujourd’hui à chaque balade.
J’ai mesuré des centaines de tiges en longueur, de feuilles en largeur, d’épis en épaisseur avec le décimètre imprimé en fin de volume, sans jamais me demander pourquoi une règle se trouvait là, dans un livre.
En parcourant des recommandations de lecture ces derniers jours, l'envie m'a repris d’ouvrir ma vieille flore. Là, appuyé par des échanges récents, mon regard a changé, et une question m'a sauté aux yeux. Et derrière elle, une autre, plus large, qui est au fond celle que je poursuis dans chaque édition de cette lettre.
Pourquoi une chose prend-elle cette forme-là, et pas une autre ?
Qu’est-ce qu’une forme trahit de l’usage qui l’a façonnée ?
Ce vieux livre répond à ces questions mieux qu’aucun autre objet que je connaisse.
Alors regardons-le ensemble.
Posé à plat sur une table et il ne paie pas de mine.
Un volume de poche, à reliure souple, c’est le genre d’ouvrage qu’on rangerait entre deux guides de randonnée sans même le remarquer.
Rien sur la couverture ne prévient de ce qui attend, sinon une promesse étrange, presque humble : pour trouver facilement les noms des plantes sans mots techniques.
Et un chiffre, posé là comme une fierté discrète : 5 338 figures.

Puis tu l'ouvres à la page X, celle du tableau général, et tu dois faire un geste que presque aucun livre n'est censé réclamer : tu le tournes d'un quart de tour.
Le texte ne court plus de gauche à droite, il se déploie dans la largeur, en colonnes accolées, hérissées de petits signes, de croix, d’étoiles, de cercles barrés, et de minuscules dessins de fleurs disséqués à côté des phrases.
Tu ne lis pas ce livre. Tu le parcours en sautant, d'une accolade à l'autre, d'un renvoi à une page lointaine, comme on suit un sentier qui se divise.
C’est la Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique. Tout le monde l’appelle la Flore Bonnier. Et c’est l’un de ces objets dont la forme, jusque dans ses bizarreries, raconte une histoire entière.
Un objet qui ne ressemble à aucun autre livre
Commençons par regarder ce qu’on tient vraiment.
Le format d’abord.
Le livre est en portrait, taillé pour la poche et la besace. Mais ses tableaux de détermination, eux, sont composés en paysage. D’où ce quart de tour imposé dès la première page utile (la page X). On ne décide pas de tourner le livre par caprice. On le tourne parce que la chose qu’on cherche à lire ne tient pas autrement.
Le décimètre ensuite.
À la page 426, imprimée à même le papier, une règle graduée de zéro à dix, divisée en centimètres et en millimètres. Un avertissement en début d’ouvrage précise sa fonction sans détour : “elle servira lorsqu’on aura une plante ou un organe à mesurer”.
Le livre ne se contente pas de décrire. Il devient instrument. Tu poses sur la page la feuille ou toute autre partie de la plante en cours d'observation, tu lis sa longueur, tu repars dans le tableau.
Les figures enfin.
Cinq mille trois cent trente-huit dessins intercalés dans le texte, jamais regroupés en planches lointaines, toujours collés contre la phrase qu’ils illustrent. Une corolle en coupe, un pistil isolé, un calice vu de dessous.
L’ouvrage le revendique : grâce à ces figures, on apprécie d’un seul coup d’œil les ressemblances et les différences des espèces.
L’image ne décore pas le mot. Elle le remplace quand le mot serait trop savant.
Et par-dessus tout, cette logique de saut.
On n’entre jamais dans la Flore Bonnier par le début pour la lire jusqu’au bout. On entre par une question, et chaque réponse en ouvre deux autres.
Plante ayant des fleurs, ou plante sans fleurs.
Puis étamines et pistils sur la même plante, ou toutes les fleurs sans pistil.
Puis fleurs à deux enveloppes, ou fleurs à une seule.
À chaque embranchement, un renvoi t'expédie ailleurs : Section B, page XV. Tu progresses par éliminations successives, tu fermes des portes, tu suis le couloir qui reste.
Pour appréhender l’exercice et maîtriser l’objet, le livre prend l’exemple du Muflier, cette gueule-de-loup qu’on trouve sur les vieux murs, et te tient la main jusqu'au bout du chemin : famille des Scrofularinées, genre Antirrhinum, espèce Antirrhinum majus. Une plante connue de tous, retrouvée par une suite de oui et de non.
Tout cela, le quart de tour, la règle imprimée, les milliers de petits dessins, la lecture en arbre, a tout l’air d’une collection d’excentricités. C’est l’inverse.
C’est la plus rigoureuse des cohérences.
Rien n’est décoratif
Reprenons chaque bizarrerie et demandons-lui d’où elle vient. À chaque fois, la même réponse remonte : d’un usage, d’une contrainte de terrain.
Le format paysage des tableaux ne tient pas à un goût d’éditeur.
Identifier une plante, c’est descendre un arbre de décisions binaires. Or un arbre, pour se déployer, a besoin de largeur. Il faut que la question et ses deux branches tiennent côte à côte sous le regard, que l’œil saute de l’une à l’autre sans tourner la page.
La rotation du livre n’est pas une coquetterie typographique. C’est la trace physique de l’arborescence. La forme du tableau est dictée par la forme de la pensée qu’il organise.Le décimètre imprimé répond à une autre contrainte, plus crue encore.
Sur le terrain, on n’a pas de double décimètre dans la poche. On a une plante dans une main et un livre dans l’autre. Alors le livre porte sa propre règle, parce que mesurer doit pouvoir se faire là, tout de suite, contre la page.Quand une description se termine par 2-8 d., ces deux à huit décimètres ne sont pas une abstraction. Ce sont des centimètres qu’on vérifie séance tenante, en couchant la tige sur le papier.
Le refus des mots techniques, et les milliers de figures qui le rendent possible, obéissent à la même logique d’usage.
Bonnier et de Layens ne s’adressent pas à des botanistes de cabinet. Ils visent le promeneur, l’instituteur, l’amateur des chemins creux. Pour celui-là, un vocabulaire savant serait un mur.
Donc on bannit le jargon autant qu’on peut, et là où le mot manquerait, on glisse un dessin. Le lexique de l'ouvrage tient en treize pages, à partir de la 396. Peu de chose pour un botaniste de métier, déjà beaucoup pour le promeneur auquel le livre s'adresse. Mais nombre de ces termes et expressions botaniques y sont accompagnés d'un dessin, si bien que même l'explication des mots cherche encore à se passer des seuls mots.
Et tout cela tient parce que l’ouvrage est né du terrain, pas de la bibliothèque. Les tableaux ont été rédigés d’après les plantes elles-mêmes, à l’état vivant, au cours de longues excursions, complétées par les échantillons de l’Herbier de France de la Sorbonne. Le livre porte la marque de la marche, de la cueillette, du regard penché sur la fleur. Il a la forme de ce qui l’a fait.
C’est précisément ce fil que j’avais tiré, il y a quelques éditions, dans le hors-série écrit à quatre mains avec Laurent Zahra : les formes comme traces de systèmes contraints.
Une forme n’est presque jamais gratuite. Elle est le moulage d’une nécessité qu’on ne voit plus, parce qu’on a sous les yeux le résultat et non la pression qui l’a produit.
La Flore Bonnier en est l’incarnation tenue en main. Chacune de ses étrangetés est l’empreinte fossile d’un geste de terrain.
Tourne le livre, tu tournes avec lui un siècle d'habitudes de botaniste.
Une plante fonctionne ainsi, d’ailleurs.
Le tronc noueux du vieux pommier, l’angle de ses charpentières, l’épaisseur de son écorce au sud ne sont pas des ornements. Ce sont des réponses, inscrites dans le bois, à des contraintes que l’arbre a traversées.
La forme est une mémoire.
Le livre qui décrit les plantes a fini par leur ressembler.
Une histoire qui se lit aussi entre les lignes
Reste à savoir d’où sort cet objet, car le bloc historique vaut le détour et réserve quelques surprises savoureuses.
D'abord, une confusion à dissiper. Il existe deux Bonnier, et on les mélange tout le temps.
Celle que je présente et que j'utilise, la "portative", est le premier volet d'un projet en trois parties.
Le deuxième volet est son exact contraire : la Flore complète illustrée en couleurs, parue de 1912 à 1935, un monument que l'édition originale déploie sur une douzaine de volumes, plus de sept cents planches peintes, l'ouvrage de laboratoire qu'on ne glisse dans aucune poche. La réédition Belin l'a condensé sous le titre La Grande Flore en couleurs de Gaston Bonnier, mais la démesure reste la même. La portative est faite pour le chemin, la grande pour la table de travail.
Un troisième volet consacré aux plantes sans fleurs vient compléter l'ensemble.
Gaston Bonnier mourut fin 1922, n'ayant vu paraître que cinq volumes de la seconde. C'est Robert Douin qui mena l'œuvre à son terme, plus de dix ans après la mort de son auteur.
Un livre achevé par un autre que celui dont il porte le nom, voilà déjà un beau sujet de méditation sur ce que signifie signer une œuvre.
Ensuite, le tandem lui-même.
Sur la page de titre, deux noms et deux mondes. Gaston Bonnier, membre de l’Institut, professeur de botanique à la Sorbonne, le savant patenté. Et Georges de Layens, qui n’était pas botaniste de formation mais apiculteur, inventeur d’une ruche horizontale qui porte encore son nom. Deux hommes du concret, l’un penché sur les fleurs, l’autre sur les abeilles qui les visitent.
Le livre le plus utilisé des amateurs de plantes a été coécrit par un homme des ruches.
Cela ne s’invente pas, et cela en dit long sur la place du terrain dans cette aventure.
Feuillette encore et tu tombes sur une page qui n'a l'air de rien : les abréviations des noms d’auteurs. Une colonne serrée de raccourcis. L. pour Linné. DC. pour de Candolle. Juss. pour Jussieu. Clus. pour Clusius, c’est-à-dire Charles de L’Écluse. C’est toute la généalogie de la botanique européenne qui défile là, en sténographie, chaque espèce traînant derrière son nom la signature de celui qui l’a baptisée.
Détail qui fait sourire : Bonnier et Layens se sont attribué leur propre abréviation dans la liste, modeste entrée parmi les géants, manière discrète d’inscrire leur nom dans la lignée.

Deux derniers détails, pour le plaisir. Les échantillons suisses absents de France, ceux qu’on ne trouve que de l’autre côté de la frontière, ont en grande partie été communiqués aux auteurs par le prince Roland Bonaparte, rejeton de la famille impériale devenu botaniste et géographe, qui herborisait avec sérieux. Un Bonaparte au service de la flore de Suisse, voilà la grande Histoire qui s’invite dans un guide de poche.
Et la Corse, enfin, a été purement et simplement exclue de l’ouvrage, jugée tellement spéciale qu’elle mérite d’être traitée à part. Une île si singulière qu’un livre qui se voulait complet a préféré renoncer à elle plutôt que de la traiter mal.
La Pause Végétale - Une fleur qui ne s’ouvre pas à tout le monde
Le muflier ne se donne pas au premier venu (et c’est peut-être pour ça qu’il a été choisi comme exemple par les auteurs pour comprendre comment utiliser leur ouvrage).
Regarde sa fleur : une bouche fermée, deux lèvres closes l’une contre l’autre, verrouillées. La plupart des insectes s’y présentent et restent à la porte.
L'abeille est trop légère, le papillon trop frêle, aucun d'eux ne pèse assez pour forcer l'entrée. Ils butinent parfois en surface, mais la chambre au nectar leur reste close.

Il faut un bourdon… assez lourd, assez puissant.
Il se pose sur la lèvre inférieure, il pousse, et la gueule cède d’un coup. Il s’enfonce vers le nectar, la fleur se referme un instant sur lui, puis le laisse repartir couvert de pollen, qu’il ira déposer sur la fleur suivante.
La serrure n’a qu’une clé, et la plante l’a choisie.
Rien de tout cela n’est décoratif.
Cette forme en gueule, que les enfants pincent pour la faire parler, que les anciens ont nommée mufle, museau, gueule-de-loup, n’est pas une fantaisie de la nature. C’est un filtre. La corolle fermée écarte les visiteurs inutiles et réserve le nectar à celui qui, seul, transportera le pollen assez loin.
La beauté de la fleur est le déguisement d’une exigence.
Ce n'est sans doute pas un hasard :
le livre qui range chaque forme sous son usage a choisi, pour se montrer, une fleur dont la forme entière est un usage.
Le muflier ne cherche pas à plaire. Il cherche le bon insecte. Et toute sa forme, jusqu’à cette bouche qu’on croit muette, n’est que la mémoire de cette recherche.
Un dernier mot, et il n’est pas de moi.
Pendant que je préparais cette édition, une lectrice, Cyrielle Leroy, qui tient la lettre Murmurations, dénichait sa propre Bonnier d’occasion sur un coin de marché en ligne, loupe et carnet en poche, prête à repartir sur le terrain. Le vendeur, étonné, lui a lâché qu’il désespérait d’écouler ce vieux bouquin, et sûrement pas auprès d’une jeune femme.
Sa première fleur lui a résisté, une mauve sylvestre à l'entrée d'un jardin botanique. Puis, de retour chez elle, la forme lui a soufflé la réponse : les étamines dressées en petit arbre, le fruit en meule de fromage que les anciens nommaient fromageon, et la clé est tombée juste.
Car il faut le dire, cette flore ne se donne pas facilement.
Son jargon, ses schémas minuscules, ses tableaux en paysage rebutent presque tous ceux qui l'ouvrent sans y avoir été préparés. Sa beauté est exigeante, réservée à qui accepte de ralentir et de regarder vraiment.
C'est peut-être là son plus beau destin. Ne pas rester sur une étagère comme une curiosité qui a vieilli, mais retourner dehors, dans une main qui apprend à regarder.
La Flore Bonnier n'a jamais cessé d'être ce qu'elle est, un compagnon de marche pour qui veut bien en apprendre la langue.
La flore du monde n’existe pas, et c’est heureux
On pourrait chercher, plus loin dans l’œuvre de Bonnier, une flore plus vaste encore. Une flore d’Europe, une flore du monde, l’ouvrage total qui couvrirait toute la végétation de la planète.
Elle n’existe pas. Bonnier s’est arrêté à la France, à la Suisse, à la Belgique, avec une simple extension annoncée dès le sous-titre de sa grande flore : comprenant la plupart des plantes d’Europe.
Son horizon fut celui d’un territoire qu’on peut arpenter à pied, jamais celui du globe.
Et c’est là que l’objet livre son dernier secret, le plus beau peut-être.
Cette limite géographique n’est pas un manque. C’est l’ultime preuve que le livre obéit à sa fonction jusqu’au bout.
Une flore de terrain est un outil situé. Elle vaut pour un sol qu’on foule, un climat qu’on connaît, des espèces qu’on a des chances de croiser au détour d’un fossé.
Une flore du monde serait une contradiction dans les termes : un livre qu’on ne pourrait plus tenir d’une seule main, qu’on ne tournerait plus d’un quart de tour sur un talus, dont on ne mesurerait plus les feuilles contre la page.
En s’arrêtant aux frontières du marchable, la Flore Bonnier reste fidèle à elle-même. La contrainte de territoire est la dernière forme que prend sa raison d’être.
Voilà pourquoi un simple guide de détermination mérite qu’on s’arrête sur lui. Pas pour son érudition, qui a vieilli, la nomenclature a changé, des familles ont été refondues, des espèces se sont invitées qu’il ne connaît pas. Mais pour sa leçon de cohérence.
Cet objet ne sépare jamais ce qu’il dit de la façon dont il le dit. Le geste, la mesure, l’image, la limite, tout converge vers un seul usage, et rien ne dépasse.
Le végétal n’a pas de plan B. Il va au bout du plan A, et sa forme finit par être l’aveu complet de ce qu’il a dû traverser.
Ce vieux livre de poche, sans le savoir, en dit autant sur les plantes que sur lui-même. Il est devenu ce qu’il décrivait.
Tourne-le d’un quart de tour.
Tout est là.
À bientôt pour l’édition #22 de Chloro-Com’.
— Franz
Faire circuler l’essentiel.
Cette lettre parle d'un livre, mais le regard qu'elle propose vaut pour tout ce qui a une forme. Une marque, une offre, une façon de travailler portent elles aussi la trace de ce qui les a façonnées, et parfois la trace ne dit plus la bonne histoire.
Si une forme t’interroge, la tienne ou celle d'un autre, pose-la en commentaire, en public ou en privé.
Regarder une forme et lui demander d'où elle vient, c'est le premier geste de tout mon travail. La suite, quand elle est nécessaire, est une autre histoire, celle qu'on écrit ensemble.











Bonjour Franz👋
Je suis euphorique de voir avec quelle coïncidence ta Newsletter correspond à ma recherche d'aujourd'hui.
Cela fait plus d'une semaine que l'idée ne me lâche pas et ce matin je me suis réveillée avec en tête de me procurer cette flore dont Cyrielle avait parlé il y a environ 1 mois. Après quelques recherches j'ai craqué pour un exemplaire de seconde main.
Pour sortir la tête des chiffres et comparaisons, j'ouvre l'appli à la bannière orange que j'avais mise de côté ces derniers temps et là je tombe sur ce post du dimanche : Magique, tout simplement **Magique**
Ta façon de décrire ce condensé de savoir botanique, qui pour beaucoup semble les avoir particulièrement rebuté, m'a comblé de joie et conforté dans mon achat.
Je l'ai même téléchargée en PDF pour commencer sur les plante du jardin. 🌸🌸🌸
NB : le muflier ou "gueule de loup" une de mes fleurs favorites étant enfant, que j'observais longuement pour voir les bourdons terrestre s'y faufiler ou que je pinçais proche des "commissures" pour ouvrir leur gueule et qu'elles me racontent des histoires.
Merci Franz pour cet excellent article qui rend un hommage mérité à la flore Bonnier. Quelle belle invitation à se plonger dans ce vieil ouvrage et à prendre le temps de se l’approprier !
Je me retrouve beaucoup dans ton analyse. Ce format si particulier dont tu parles fait en effet toute la force de cette flore. Un format compact et léger que l’on glisse facilement dans le sac à dos et qui offre la possibilité de déterminer n’importe quelle plante qui attire notre regard sur le terrain. Avoir cette flore constamment à portée de main, c’est s'autoriser à faire une pause sur le bord d’un sentier, ou même d'une route, pour prendre le temps d'observer et se laisser guider par le cheminement si singulier de Bonnier.
Une belle manière d’apprendre par l’expérience et la pratique, certes plus exigeante que d’utiliser une application, mais qui apporte une satisfaction bien différente lorsqu’on arrive enfin à mettre le nom sur une espèce après parfois plusieurs heures de cogitation.
C’est une flore qui aiguise le regard et qui laisse des traces : en marchant hier soir en bord de mer avec Geoffroy, mon regard s’est porté par hasard sur une plante ornementale. Deux images m’ont sautées instantanément aux yeux : l’arbre d’étamine au milieu de la fleur et le fruit type « fromageon », ces mêmes caractéristiques que j’avais observées sur la fameuse Mauve sylvestre que tu cites en exemple. Je n’avais pas de téléphone sur moi, donc pas de possibilité de prendre de photo et de déterminer l’espèce. Peu importe : j’ai reconnu du premier coup d’oeil la famille des Malvacées qui m’a donné tant de mal lors du premier test de ma Bonnier d'occasion.
Alors oui, comme tu le dis si bien, cette flore ne se donne pas à tout le monde mais cela vaut vraiment la peine d’apprendre à déchiffrer son langage et à la manier sur le terrain.
Merci encore Franz !