Au Bonsaï Shō, en juin, j’ai voté pour un arbre.
À la sortie de cette exposition, au Parc Oriental de Maulévrier, on pouvait désigner celui qui nous avait marqués. Et j’ai choisi le mien sans hésiter.
Le problème, c’est que je suis incapable de dire pourquoi c’est celui-là vers qui mon instinct s’est dirigé.
J’ai passé trente ans de carrière auprès des plantes, je sais (modestement) lire un nebari, juger une ramification, repérer la patience qu’il a fallu à un Bonsaïka pour amener la cime de son arbre à cette finesse et cette conicité.
Devant un bonsaï, j’ai d’habitude des mots, des critères, et j’ai plutôt un regard qui démonte la chose en pièces. Devant celui-là, rien.
Un Lonicera nitida, chèvrefeuille arbustif, travaillé en fukinagashi, ce style bonsaï où l’arbre semble avoir été façonné par un vent dominant. La composition s’étirait presque à l’horizontale sur sa dalle, avec un long bois mort blanchi, vrillé, nerveux, comme une pièce de bois flotté échouée là, et une masse de feuillage minuscule et dense rejetée sur un seul côté. Peu de vert, beaucoup de traces, comme si l’arbre ne cherchait plus à lutter contre le vent, mais à continuer malgré lui.
Je suis resté planté là, je me suis accroupi, j’ai observé longtemps, et au moment de voter, ma main est allée vers lui sans hésitation.
On peut tout savoir d’une chose vivante, ses lois, ses mécanismes, sa technique, et se laisser quand même saisir par elle au point de ne plus rien pouvoir en dire.
J’avais écrit en mai que je te raconterais Maulévrier. C’était en juin, on est fin août !
Ce qui suit ne prétend donc rien résumer… c’est juste un ordre de lecture que je préconise.
Il y a un mois,
j’ai publié la photo d’une branche de chêne que j’avais coupée cinq ans plus tôt, à côté de la même photo reprise cet été au même cadrage. Une vingtaine d’abonnés sont arrivés ici par cette note, et tu en fais peut-être partie.
Dans les commentaires, quelqu’un a parlé de résilience. J’ai lui ai répondu que le mot ne convenait pas, parce qu’il suppose un retour à l’état d’avant. Le chêne, lui, ne revient jamais. Il fabrique du bois neuf autour de la plaie, quelques millimètres par an, et le bois mort reste au centre jusqu’à la fin.
C’est de ça que parle cette lettre depuis octobre dernier.
Et voilà 3 voies par lesquelles je te propose d’entrer :
Parcours 1 - Ce que le temps fabrique
Trois lettres, les plus proches de la note qui t’a peut-être amené·e ici.
La cicatrice fait l'arbre
Un genévrier que je connais depuis vingt-cinq ans, blessé au collet par une débroussailleuse pendant la moitié de sa vie. C’est ce qui le rend reconnaissable aujourd’hui.
Avant de chercher la lumière, certaines choses tombent
L’hiver où j’ai perdu toute ma collection de plantes, dont les agrumes que mon grand-père m’avait confiés. J’ai longtemps cru que j’aurais dû les sauver. C’était faux, et comprendre pourquoi m’a pris des années.
Robuste ou performant : j'ai cru devoir choisir.
J’ai longtemps pris ces deux mots pour des synonymes. Une contradiction m’a obligé à les séparer et ça a changé ma façon de regarder une activité qui tourne bien.
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Parcours 2 - Le visible et ce qui le porte
Ici on creuse. Trois lettres sur ce qui se passe sous la surface pendant qu'on regarde ailleurs.
L'arbre se voit. Le sol, jamais.
La dernière lettre en date. Une couche dure à soixante centimètres sous une haie, et un araucaria de quatre mètres que j’ai tué en voulant gagner du temps.
Le gazon ment !
Une pelouse impeccable ne dit rien de ce qu’il y a dessous. Beaucoup de sites, de discours et d’offres fonctionnent exactement pareil.
Pourquoi attend-on la fin pour dire merci ?
On sort les hommages quand les gens meurent, jamais pendant qu’ils travaillent. Alors j’ai écrit sur Françoise Lenoble-Prédine de son vivant, pendant qu’elle peut encore lire.
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Parcours 3 - Ce qui tient sans commander
Une forêt n'a pas de fondateur.
Je m’apprêtais à relancer quelqu’un qui m’avait répondu depuis un mois sans que je le voie. En relisant sa réponse, j’ai compris pourquoi certains projets meurent alors qu’ils avaient tout pour tenir.
Capsule — Quand internet tombe, la forêt continue de fonctionner
Format court. Sous la forêt, personne ne commande, et pourtant rien ne s’effondre.
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Les deux lois dont je n’ai pas parlé ici, la Lumière et la Plasticité, sont sur la même étagère que les autres : Découvrir toutes les lois du Modèle SÈVE
Et si tu te demandes à quoi ça ressemble quand j’interviens sur la solidité d’une activité…
"C'est la quatrième..."
Une réponse en quatre mots pendant un échange, et une offre qu’il gardait pourtant en première page de son site est ressortie de l’ombre.
Prochaine Chloro-Com’, édition #25, le dimanche 6 septembre, sur les ateliers de sensibilisation et sur ce qui fait qu’ils ne changent presque jamais rien durablement.
D’ici là, le scan structurel est ouvert
— Franz
Faire circuler l’essentiel.
PS :
Il y a une neuvième édition, que je n'ai rangée nulle part parce qu'elle ne se range pas. C’est, à mon sens, la plus exigeante des archives, écrite à quatre mains avec Laurent ZAHRA. Garde-la pour un moment où tu as le temps.
Ce que nous prenons pour des lois ne sont peut-être que des traces
Un arbre de lisière ne redevient jamais symétrique quand la forêt recule. Il continue depuis là où il en est. Ce que nous appelons une forme n'est pas une règle suivie, c'est ce qui reste d'un processus.

















